Parce qu'on vient de loin
Ô rage ! ô désespoir ! ô malchance ennemie !
N'avons nous tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne sommes nous blanchis dans les travaux discrets
Que pour voir en un jour périr tant de secrets ?
Notre cape qu'avec respect toute la France admire,
Notre cape qui tant de fois a sauvé cet empire,
Tant de fois assuré notre salut à tous
Trahit donc notre foi, et ne fait rien pour nous ?
Ô cruel souvenir de ma gloire passée !
Œuvre de tant de jours en un jour effacée !
Tentative échouée fatale à mon bonheur !
Précipice élevé d'où tombe mon honneur !
Faut-il de cette perte souffrir éternellement,
Et mourir sans vengeance, ou affronter les gens ?
Genny, sois de nos âmes à présent la rectrice;
Comme de nos pas ta carte fut directrice;
Et ta malchance damnée qui nous coûte ta présence
Transforme la pour nous, transforme la en chance.
Et toi, zectarien, manieurs de belles paroles,
Donnes nous tes idées, partage ta bonne école,
Yan et Talfen, bien que trop peu entendus,
Gardez un oeil sur nous, sur nos vies répandues,
Allez, quittez en paix vos vestiges humains,
Nous, pour vous venger, gagnerons haut la main.
Le Styx traversé cette troupe s'avance,
Et porte sur le front une odeur rance.
Nous partîmes quarante; mais par un coup du sort
Nous nous vîmes trente-six, après l’attaque des morts,
Tant, à les voir marcher avec de tels visages,
Les plus accrochés perdirent courage !
Mais l’honneur de nos capes restant à défendre,
Dans le fond du désert, première place à prendre;
Ils repartirent vaillants, pour faire changer notre heur,
Brûlant d'impatience, autour de notre demeure,
Se couchent contre terre, et sans faire aucun bruit
Décèlent les bâtiments, invisibles aux zombies.
Par la force de la cape, par sa puissance même,
Nous maintenant cachés, clé de nos stratagèmes;
Et voilà hardiment montrés aux yeux de tous
Ces dix-septs bâtiments, désormais à nous.
Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
Annonce un jour nouveau, le retour des squales;
L'onde s'enfle dessous, et d'un commun effort
Les éclaireurs, partout, suivent l’étoile du nord.
Ils laissent passer le temps ; car tout est tranquille;
Juste un peu de défense pour les murs de la ville.
Notre profond silence abuse vos esprits,
N’espérez donc pas trop, vous seriez surpris;
Nous avançons sans peur, et bientôt, ils descendent,
Ces défis qui se livrent aux mains qui les attendent.