La galère
Sept Jours... Ouais, sept jours déjà qu'on est dans cette galère.
Il fait de plus en plus chaud et nos réserves d'eau diminuent petit à petit. On ne dort pas beaucoup la nuit, impossible de fermer l'œil avec les puants qui hurlent et qui martèlent les barricades des heures durant. Et ils sont de plus en plus nombreux à tambouriner comme des forcenés. Les seuls que le vacarme ne semble pas affecter, ce sont nos chiens. Cris, râles... Rien à faire : Ils pioncent ! Braves bêtes... Moi, j'ai craqué.
Hier soir il y en avait tout un groupe qui braillait juste sous mes fenêtres ! Enfin, fenêtres... Façon de parler. J'ai alors escaladé la muraille et j'ai saisi un parpaing qui trainait là haut. En dessous de moi de l'autre coté il y en avait un qui hurlait plus fort que les autres tout en me fixant de ses yeux morts, la gueule grande ouverte, exhibant ses dents pourries. Alors je lui ai lâché la brique sur la tronche dans l'espoir de le faire taire.
Il l'a prise en pleine face et ça lui a arraché la moitié de la figure mais croyez-le ou non, il continuait de brailler tout aussi fort malgré la mâchoire inférieur en moins.
Heureusement malgré la menace de la sécheresse, la fatigue et les relents nauséabonds que nous ramènent chaque soir nos voisins décomposés, le moral des troupes reste au beau fixe. Il faut dire que contrairement au puits, notre stock de ressources ne cesse chaque jour de croitre. Et puis presque tous les habitants sont encore là, ce qui est tout de même une sacrée performance quand on voit avec quelle férocité ces bestioles s'acharnent sur nos défenses et sur les animaux qui ont le malheur de tomber entre leurs griffes.
Le "presque" c'est pour les quatre braves gars qu'on a perdu il y a peu. Agaillardis par les journées passées sans déboires, ce n'est pas moins d'une dizaine de types qui sont partis tenter une nuit dans le désert. De grands malades... Pour ma part je préfère encore endurer toute la nuit le vacarme des tôles que les pourris cognent de toutes leurs forces plutôt que d'entendre un frôlement sournois sur le pan de ma tente. Bref, six d'entre eux seulement ont retrouvé le chemin de ville. Pas de nouvelles des autres depuis. Ni d'eux, ni de leurs bichons d'ailleurs mais la boule de chair étalée devant la porte à quelque chose de vaguement familier.
Et ce soir d'autres givrés vont dormir à la belle étoile. Je n'aime pas cette idée. C'est bien sympa d'aller jouer les marioles dans le désert, mais on a tout de même d'avantage besoin de bras aux chantiers que de campeurs suicidaires!
D'ailleurs à propos des chantiers, ils avancent plutôt bien pour le moment. Aujourd'hui nous avons décidé d' "améliorer" nos habitations plutôt que de s'occuper de nos barricades. Dans le sens purement pratique j'entends, car à l'intérieur c'est toujours le même inconfort. Les murs ont été consolidés, les fenêtre barricadées et les toits renforcés. Désormais si les putrides veulent entrer ils vont devoir s'accrocher !
Le potager de fortune remplit son office en nous fournissant chaque jour quelques légumes. Ils ont un gout absolument infect ( et je ne parle même pas de leur aspect ) mais ça fait du bien de manger autre chose que de la bouffe avariée et des œufs.
D'ailleurs, j'ai surpris Bob rodant autour du poulailler à plusieurs reprises ... Il a beaucoup changé ces derniers temps. Ces yeux semblent éteints et plus rien ne le rassasie. J'ai comme l'impression qu'il en a ras le bol lui aussi de toute cette bouffe fade et qu'il ne va pas tarder à réclamer de la viande. Je vais le surveiller de près, je crains qu'il décide sous peu de s'attaquer à une poule. Ou bien à quelque chose de plus gros...