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Truelles intentions
Huit jours viennent de s'écouler. Aussi lentement et sûrement que le sable s'écoule dans le sablier du temps, je regarde au loin une poignée de gardiens s'éloigner, pour enfin disparaître dans cet incroyable désert que balayent parfois les vents.
Ils sont fiers et humbles ces guerriers, brandissant fièrement leurs boucliers et bravant le temps et les dangers épars pour ne remplir qu'une mission: ramener au bercail ces foutues ressources que nous utilisons tous, malgré nous,jours après jours.
Nous avons des règles et ces règles, il nous faut les respecter. Non pas que quiconque ici bas ne décide pour personne mais à l'évidence, nos réunions, nos rencontres improvisées nous permettent à tous de communiquer, de mettre à plat des idées, bonnes ou mauvaises, quoi qu'il en soit, c'est ce qui nous fait avancer, ensemble, dans la tourmente des jours à venir et dans l'angoisse de la horde, qui dehors gronde toujours plus forte, toujours plus affamée.
Les règles... J'y reviens... pas de défis qui ne soient à notre portée et pourtant, il nous est arrivé d'échouer.
Pas de projet insurmontable, à l'image de notre petit Eden, que nous avons mis du cœur à créer, splendide et resplendissant dans sa beauté végétale, laissant les uns et les autres se laisser bercer par le bruit reposant de l'eau pure qui s'écoule entre nos murs déchiquetés.
Pas d'ouvriers non plus, qui se reposent toute la journée, qui se lamentent du peu de vivres accordées pour subsister encore et toujours, pour travailler jusqu'à la rupture, parfois physique... parfois psychologique.
Pas de repos pour ces expéditeurs au long cours partis loin, ceux là même qui piochent inlassablement le désert, à grand coups de boucliers, mettant de coté orgueil et palabre.
Pas de faux discours ni d'arrogance dans les propos de chacun, juste du respect, de l'humilité et la certitude qu’ici, au Gouffre des damnés, l'un peut se reposer sur l'autre, en confiance, comme le feraient des frères de sang.
Pas impossible de trouver non loin de nos maisons, des tripots improvisés ou certains d'entre nous à la nuit tombée, noient leurs angoisses et jouent leur va tout sur un dé, sur une carte... qu’ont ils à perdre de toute façon.
Pas de gens non plus qui se laissent aller, qui s’abandonnent au défaitisme ou se rendent coupable de faiblesse avouée. Ici, nous sommes de véritables combattants à l'âme pure et inviolée, et si certains encore manifestent leurs colères par l'humour, ou bien encore leurs dégouts et leurs peurs par de la sociabilité ou de l'amour à outrance, quand bien même, ce sont bien notre cohésion et nos valeurs ainsi réunies, qui feront de nous des braves, laissant un vrai souvenir, une trace impérissable d'un passage ouvert par le destin, le nôtre.
L’Outre Monde, comme ils l'appellent, cet espace totalement inhospitalier et dangereux, ou la moindre erreur vous condamne à y passer la nuit, seul, au milieu de ces êtres repoussants et uniquement mus par la faim, est le sanctuaire d'innombrables babioles toutes plus ou moins rares, toutes plus ou moins recherchées, toutes plus ou moins faciles à trouver.
Et pourtant...chacun d'entre nous reviens en ville les poches et les sacs bourrés de tous ces objets, faisant fi parfois d'eux même, en totale abnégation de soi.
Je ne me rappelle plus exactement quand j’ai mangé pour la dernière fois si j'ai seulement bu aujourd'hui. Je sais juste que ce jour, ils sont peu à être sortis dehors, et que nous, à l'intérieur, nous suons sang et eau pour presque finir tout ces chantiers. Ils seront fiers à leurs retours d'expéditions, ils verront qu'ils ne manquent plus qu'une planche à clouer, une ferraille à souder ou un peu d'eau à faire passer, ils verront que tout est prêt, que même l'atelier est en cours d'optimisation et surtout, surtout, que les jerrycans durement engrangés dans notre banque pourront bientôt nous donner toutes les rations nécessaires et même peut être plus qu'il ne nous en faut.
Tout fonctionne donc bien, presque à merveille, dirais-je, tant nos guerriers ainsi ragaillardis par tant de réussite laissent parfois des sourires ou des larmes, des effusions de joies ou de mélancolies, transgresser leurs visages rocailleux et graves.
Oui tout fonctionne bien...ou plutôt, tout fonctionnait bien jusqu'à ce que je mette à mal le plus élémentaire de nos principes, ce fameux respect des règles si chèrement acquises et au prix de quelles souffrances, de quelles sacrifices. Qui suis-je pour avoir donné l'impression que mes intentions seraient viles voire cruelles? Qu'ai je fait?
Retour de flamme, il est 13h je me dirige vers la manufacture, je dois commencer ce chantier, mais en chemin, passant non loin de notre purificateur quasi achevé, je trébuche et percute les planches, qui reliées par quelques vis et quelques écrous, maintiennent fermement le procédé qui verra, à terme, l'eau être purifiée grâce au positionnement astucieux de quelques tubes de cuivres....
Je m'écroule et les planches vibrent. Comme par magie, l'étonnant édifice se met en marche...l'eau est désormais prête à être purifiée, non pas que ce soit mal, mais ces ressources ne serviront plus, je sais que notre banquier en passant, validera le projet et consignera ces dernières dans le registre, enlevant immanquablement des ressources à la banque.
Pourtant, tout était clair, il ne fallait pas le faire sous aucun prétexte et je l'ai fait...
Les critiques ont fusées de toute part, parfois véhémentes parfois assassines, pas toujours impartiales, j'ai été condamné puis pardonné, c'est cela aussi être gardien... savoir faire preuve de tolérance, de clémence. Qu'à cela ne tienne, j'ai les épaules solides, et je me demande malgré les tapes amicales sur l'épaule des uns ou les encouragements feutrés des autres, si je ne devrais pas revoir à après demain ma sortie dans l'Outre Monde, moi qui pensait ramener un plan précieux pour la ville, un plan épique...mais peut être est ce déjà fait, peut être...
Je sais que j'ai ce potentiel, il est là, latent, et il se manifestera le moment voulu, pour l'instant je ne dois plus faillir, je dois me recentrer sur l'essentiel, je dois montrer qu'ils ne se sont pas trompés, qu'ils ont compris qu'une pierre manquante à l'édifice nous mènerait à notre propre perte.
Dehors le ciel s'est obscurci, des éclairs fendent le ciel, il ne pleuvra pas mais au loin, la horde se taille un chemin vers nous, et le tonnerre semble donner du bruit à notre révolte, nous sommes en marche, l'heure est venue de montrer que ceux qui savent rêver sont ceux qui façonnent ces mêmes rêves, et moi, et nous, les gardiens, nous sommes de ceux là.
Pheb