Tyrannie et fanatisme
Des cris retentissent dans la ville. La promiscuité oblige chacun à entendre ces hurlements. Je ne peux me confier à personne, pas depuis hier. Je pensais que Steff allait être un sacrifice unique, obtenu pour souder nos rangs et réitérer notre foi. Je me trompais.
Depuis ce matin, nous nous sommes tous affairés aux chantiers, sauf quelques aventuriers, tenus d'obéir aux paroles de notre ... Divinité. Ces expéditions ne nous mènent à rien, et je doute même qu'ils puissent rentrer ce soir. Ils sont pourtant obligés, sinon la cage les attend. Tout le monde s'est tourné vers Gantzer. Certains le suivent aveuglément, d'autres comme moi doivent surement jouer le jeu pour ne pas servir d'appât vivant.
La folie a surement emporté Gantzer, mais depuis quand? Il paraissait si enjoué, il était de si bonne compagnie. Tout s'écroule autour de nous, même les dernières défenses que nous avons érigées n'ont pas tenu durant l'attaque de cette nuit.
Nous allons mourir à petit feu, si nos fanatiques ne précipitent pas notre fin avant. Au milieu de l'après midi, nous avons été convié à nous réunir, au centre de la ville. Tout le monde est venu, pour ne pas subir le courroux des illuminés. Tous, sauf Akouchan. Mais notre chef spirituel avait une autre idée en tête visiblement.
Il s'est tourné vers Guildam, et a décidé de le jeter en pâture à Killzomb. Elle faisait peine à voir tant elle était décharnée, mais nous avons déjà trop donné aux cannibales qui hantent notre ville. Je sais pourquoi Gantzer l'a choisi. Il nous manipule tous depuis le début. Il s'assure la loyauté de Killzomb, avec qui il fricote, j'en suis presque certain. Et il avait aussi surement anticipé la suite.
Kathy s'est mise en travers du chemin des bourreaux, alors qu'ils tiraient un Guildam déchainé, mû par l'énergie du désespoir. Nous savions tous qu'ils étaient ensemble. Qu'ils nourrissaient des espoirs à deux. Faire planer cette menace sur Guildam, c'était l'assurance que Kathy s'en mêle, et ça n'a pas loupé.
Personne d'autre n'a bougé.
Personne. Même pas moi.
J'ai laissé les fanatiques pousser Guildam dans la demeure de Killzomb, et nous avons dû rester là, le temps que les râles d'agonie cessent. Puis, Kathy a été conduite à la cage. Ça ne suffisait pas, alors plusieurs ont suggéré d'y jeter Akouchan également, pour lui apprendre la dévotion, et rappeler à chacun ce que nous encourrons en allant contre ... Le fanatisme.
Ils sont enfermés là dedans depuis quatre heures déjà. Quatre longues heures d'attente, à regarder une mort lente s'approcher. Les cris continuent, plaintifs, suppliants. Je pourrais les délivrer. Mais à trois, nous n'irons pas loin, et on nous mettrait surement à nouveau dans la cage.
Tout à l'heure, quand on a mis nos compagnons dans cet abris face à l'Outre-Monde, Une lourde nausée m'envahit, puis ce qui devait arriver arriva. J'en ai rendu le peu de nourriture que j'avais dans mon maigre estomac.
Puis j'ai compris. J'ai compris tout le traquenard dans lequel nous étions. Personne d'autre ne semblait avoir remarqué l'absence de trois autres personnes sur la place tout à l'heure.
Somberlord, Midvari... et nulle autre que Nebuleuse. Sentant la colère monter et animée d'une rage nouvelle, je me rue vers la maison de cette dernière et ouvre la porte à la volée.
Je m'arrête brusquement et manque de rendre à nouveau. J'ignore à qui est le cadavre affalé contre le mur, mais il a été effroyablement mutilé. Recouvert de sang, inerte, la main gauche coupée. La main gauche coupée ?
Le pseudo-cadavre remue et se relève péniblement. Le putride répondant au sobriquet de Kroustillon me fixe dans les yeux et murmure entre deux toussotements:
- Si tu tiens vraiment à le savoir, ce n'est pas mon propre sang qui me recouvre pour une fois.
Toute ma volonté de vengeance est déjà annihilée. Ce tas de chaire sanguinolente se glisse partout, espionne tout et rapporte tout à Nebuleuse comme un fidèle chien. A croire qu'il a été lobotomisé.
Là-dessus, Somberlord et Midvari, armes blanches en main, se dirigent vers moi l'air menaçant.
Je me voulus autoritaire, mais seul un faible gémissement sortit de ma bouche :
- C'est là le crédit que vous apportez à cette fin de ville ? Une tyrannie avec Nebuleuse en personnage principal ? Gantzer agit sous son emprise, n'est-ce pas ?
- Mieux vaut sa vie que celle de n'importe qui d'autre, répond Somberlord. Maintenant pars, et meurs de la façon qui te paraîtra la plus agréable.
Je sors alors de la maison en prenant la peine de ne pas leur tourner le dos, car tels des lions, ils m'attaqueraient si j'avais le malheur de détourner le regard de leur direction. Tout est perdu, à cause de ces fanatiques.
Je ne suis pas spécialement un couard, mais je tiens à la vie. Peut-être réussirais-je à les venger, d'une manière ou d'une autre.